la chronique du passé – par l’Agence de Tourisme Temporel Vernonnaise

Publié le27 mars 2018 » 794 Views»

Le coup de génie de Lajaunie

Léon Lajaunie, pharmacien toulousain et gros fumeur est sensible à l’embarras des gens qui refoulent du goulot.

Léon Lajaunie, pharmacien toulousain et gros fumeur est sensible à l’embarras des gens qui refoulent du goulot.

Il met au point en 1880 une décoction à base de suc de noix, de bois d’acacia et de réglisse qui rectifie l’haleine. Sa seconde idée géniale consiste à glisser ses petits losanges noirs dans une boîte ronde à la couleur inspirée de son nom, et à un format se rangeant aisément dans la poche à montre d’un gilet. Inventif et homme d’affaires avisé, Léon fait réaliser pour ses cachous des réclames sur plaque émaillée, confiant le graphisme au célèbre affichiste Cappiello.

En 1905, Léon Lajaunie revend son entreprise pour une somme colossale. Il peut alors se permettre de rouler en Panhard-Levassor 15 CV et vivre une retraite plus que confortable, agrémentée d’une rente de 1 centime par boîte vendue (10 millions d’unités par an) jusqu’à sa mort. Celle-ci interviendra une dizaine d’années plus tard. Léon a amassé une véritable fortune (six siècles de salaire d’un ouvrier) dont son fils François hérite en partie.
François Lajaunie se porte acquéreur et fait rénover à Vernon l’une des deux superbes propriétés de la rue d’Albufera qui ornaient l’entrée du pont. Elle deviendra pour plusieurs générations de Vernonnais la « Maison Lajaunie », avec sa verrière et son magnifique parc à l’arrière. La famille mène grand train : chauffeur, domestiques, automobiles de luxe, bateau amarré sur la berge pour rejoindre Paris via la Seine. En ville, François se charge de moderniser le cinéma-théâtre et son vélodrome attenant. Mais il réalise des placements hasardeux, dans la production cinématographique notamment, et voit son train de vie ralentir jusqu’à s’arrêter en pleine voie. Il meurt quatre ans avant le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. La propriété de l’entrée de la rue d’Albufera sera miraculeusement épargnée durant les bombardements, contrairement à sa sœur d’en face. Mais à l’aube des années 60, la municipalité décide d’un tracé de la départementale qui condamne cette magnifique demeure, tout comme le mur à ogives de la forteresse médiévale un peu plus bas après la rue Bourbon Penthièvre. La maison est rasée, un trait tiré sur une période fastueuse.

De nos jours encore, il se vend dans le monde une petite boîte ronde toutes les quatre secondes.

Vos photos familiales prises dans Vernon avant 1940 nous intéressent.
ATTV : 06 11 97 15 28

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