La Miss France de la rue d’Albufera

Publié le5 décembre 2018 » 359 Views»

La chronique du passé par l’Agence de Tourisme Temporel Vernonnaise

En ce début des années 80 à Vernon, M. Benard peut être fier de sa boucherie-charcuterie au fronton orné d’une magnifique vache sculptée.

En ce début des années 80 à Vernon, M. Benard peut être fier de sa boucherie-charcuterie au fronton orné d’une magnifique vache sculptée.

Coquette et pimpante, Mme Benard tient la caisse. Quelques mois plus tôt, leur fille de 19 ans, Isabelle, a reçu le titre de Miss Normandie. Elle est éligible au prochain concours national. De son côté, M. Benard aime sélectionner ses bêtes et écumer les foires agricoles. Il a déjà remporté plusieurs Prix de charcuterie comme l’attestent ses diplômes encadrés derrière le comptoir. Entre une bavette et deux saucisses de Morteau, M. Benard répond aux journalistes qui l’interrogent sur la chair de sa fille : quel effet cela lui fait de la voir ainsi exposée ? Notre boucher prétend trouver la chose naturelle. Il l’assure comme s’il s’agissait d’une simple présentation de ses gigots et rôtis sur l’étal de la boucherie. S’est-il fait une raison pour ne pas briser le rêve d’Isabelle ? Quoi qu’il en soit, la réponse faussement assurée de ce père est émouvante.
Décembre 1980, Isabelle Benard est élue Miss France 1981. La nouvelle résonne comme un coup de tonnerre dans le Landerneau vernonnais. Des clients jamais vus à la boucherie Benard se découvrent soudain un besoin pressant de boudin. Mme Benard vit par procuration ce triomphe féminin : c’est elle qui a conseillé sa fille dans ses choix de robes, de maillots de bain et de coiffure. C’est dire si c’est un peu elle aussi qui est grimpée sur le podium de l’hôtel PLM Saint-Jacques ce soir-là à Paris.

Isabelle Benard représentera la France quelques mois plus tard au concours de Miss Univers à New York, puis à celui de Miss Monde à Londres, mais ne s’y classera pas malgré des mensurations et un poids frôlant la “perfection“. Sur la balance de la boucherie, l’activité va finir par s’essouffler tandis que s’accumulent les points retraite de M. Benard. De ces années, de ce triomphe oublié, il reste bien peu de traces dans la ville. Même la superbe vache sculptée qui ornait la boucherie désaffectée du 88 rue d’Albufera a disparu. Dans quelle prairie rumine-t-elle à présent ? Et Isabelle Benard… A-t-elle trouvé comment rebondir après son sacre ? L’ouverture d’une boutique, une entrée au couvent, la belle vie en Afrique, un mariage décevant ?

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