Et le Pélican rendit son tablier…

Publié le17 mai 2018 » 803 Views»

la chronique du passé

par l’Agence de Tourisme Temporel Vernonnaise

Quand la rue Bourbon-Penthièvre menait encore de la collégiale jusqu’au bord de Seine.

Quand la rue Bourbon-Penthièvre menait encore de la collégiale jusqu’au bord de Seine.

Ce quartier interlope fleurait le parfait coupe-gorge, et la dernière ruelle sur la gauche avait pour nom rue de la prison. Une geôle y attendait les ivrognes récalcitrants, détrousseurs, assassins et autres brigands. Au tournant du 19e siècle, ces indésirables furent dirigés vers d’autres cellules à Évreux, et le violon vernonnais transformé en abri de nuit pour vagabonds et nécessiteux.

Dans cette rue de la prison, insalubre et mal éclairée, un bouge autrefois prospère achevait péniblement sa carrière : l’hôtel du Pélican. Un dénommé Ladouce en avait hérité. Est-ce lui qui avait donné à ce petit hôtel de passe le nom d’un volatile, symbole maçonnique ? Toujours est-il que l’homme était affilié à l’Étoile Neustrienne de Vernon. Lorsque cette Loge choisit de quitter son local du 9 rue Riquier, Florentin Ladouce proposa sa discrète adresse en territoire mal famé. Dans la grande tradition d’entraide des francs-maçons, le nouveau lieu fonctionna à la manière d’un de nos restos du cœur, servant une soupe du soir aux indigents du quartier. Comme on le sait, le pélican a pour réputation de garder des aliments pour ses petits, voire de se percer les entrailles pour les nourrir. Des réunions secrètes avaient lieu à l’étage, ou dans la cave voûtée du 5 rue de l’hôtel du Pélican ; les frères maçons ayant obtenu du maire qu’on donne officiellement ce nouveau nom à la ruelle.

Dès la fin de l’année 1940, le maréchal Pétain, grand ennemi de la franc-maçonnerie, fit de la dissolution des Loges son second décret, ordonnant la mise sous séquestre des biens leur appartenant. L’ancien hôtel du Pélican ne put que se plier à cette décision, puis, lorsque les bombardements alliés de 1944 rasèrent les quartiers en bord de Seine, c’est la ruelle entière qui disparut dans les flammes. Le Pélican a beau ne pas être un Phœnix, un passant ramassa la vieille enseigne dont un moulage subsiste.  n

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